Qu'est-ce que l'apnée du sommeil ?
En résumé : vous dormez, votre gorge se ferme, vous arrêtez de respirer. Votre cerveau panique, vous micro-réveille pour rouvrir les voies aériennes, et ça recommence. 10, 30, parfois 100 fois par nuit.
Le nom médical, c'est Syndrome d'Apnées-Hypopnées Obstructives du Sommeil (SAHOS). Chaque pause dure au moins 10 secondes, en moyenne 20 à 25 secondes. Le pire ? Vous ne vous en souvenez pas le matin.
Ce que je vois en labo du sommeil
La plupart des patients qui arrivent chez nous ne consultent pas pour des « apnées ». Ils viennent parce qu'ils sont épuisés, qu'ils n'arrivent plus à se concentrer au boulot, ou que leur conjoint(e) n'en peut plus du ronflement. Le lien avec le sommeil, ils ne le font pas tout de suite.
Les différents types d'apnée du sommeil
Apnée obstructive
Les muscles de la gorge se relâchent pendant le sommeil, bloquant les voies respiratoires. L'effort respiratoire est maintenu mais l'air ne passe plus.
Apnée centrale
Le cerveau n'envoie pas les signaux corrects aux muscles respiratoires. Les voies aériennes sont libres, mais l'effort respiratoire est absent.
Apnée mixte
Commence comme une apnée centrale et évolue vers une composante obstructive. Plus rare et plus complexe à traiter.
Ce guide se concentre principalement sur l'apnée obstructive du sommeil (SAHOS), qui représente la grande majorité des cas diagnostiqués.
L'apnée du sommeil en Belgique
L'apnée du sommeil touche une part significative de la population belge, mais reste largement sous-diagnostiquée. Les chiffres sont éloquents :
~20%
de la population adulte belge concernée
188 500
Belges traités par l'INAMI en 2024
+77%
de prise en charge en 6 ans (2018–2024)
80%
des cas encore non diagnostiqués
Plus de 188 500 Belges étaient pris en charge par l'assurance-maladie en 2024 pour un syndrome d'apnées obstructives du sommeil, soit 77 % de plus qu'en 2018 (source : INAMI, juin 2025). Pourtant, entre 10 et 15 % de la population pourraient être touchés — la grande majorité sans le savoir.
La convention INAMI pour le traitement par CPAP est accessible en Belgique via les pneumologues et les centres du sommeil agréés. Comprendre la convention CPAP →
Causes et facteurs de risque
L'apnée du sommeil résulte d'une combinaison de facteurs anatomiques, physiologiques et comportementaux. Certains ne sont pas modifiables ; d'autres peuvent être améliorés.
Anatomiques
- • Mâchoire étroite ou reculée
- • Amygdales hypertrophiées
- • Langue volumineuse
- • Cou court et large
- • Septum nasal dévié
Comportementaux
- • Surpoids et obésité
- • Consommation d'alcool
- • Prise de sédatifs / somnifères
- • Tabagisme
- • Position dorsale de sommeil
Physiologiques
- • Tonus musculaire réduit des voies aériennes
- • Inflammation chronique
- • Congestion nasale chronique
- • Reflux gastro-oesophagien
Non modifiables
- • Âge (> 50 ans)
- • Sexe masculin
- • Ménopause chez la femme
- • Génétique et morphologie faciale
Conséquences sur la santé
L'apnée du sommeil non traitée n'est pas un simple inconfort. Elle a des répercussions sérieuses sur la santé à court et long terme.
Risques cardiovasculaires
ÉlevéHypertension artérielle (50 % des patients apnéiques), fibrillation auriculaire (risque ×2 en apnée sévère), insuffisance cardiaque, infarctus, AVC. Entre 60 et 90 % des patients avec hypertension résistante aux médicaments ont une apnée du sommeil non traitée.
Troubles cognitifs
ModéréDifficultés de concentration et de mémorisation, troubles de l'humeur, irritabilité, risque accru de dépression.
Diabète & métabolisme
ModéréRésistance à l'insuline aggravée, augmentation du risque de diabète de type 2, prise de poids par dérèglement hormonal.
Accidents & somnolence
À risqueLa somnolence diurne liée à l'apnée multiplie par 2 à 3 le risque d'accident de la route. Elle a des implications légales pour les conducteurs professionnels.
Le savez-vous ?
Apnée du sommeil et cardiologie : un lien sous-estimé
50 %
des patients insuffisants cardiaques ont aussi une apnée du sommeil
×2
plus de risque de fibrillation auriculaire en cas d'apnée sévère
60-90 %
des patients avec HTA résistante aux médicaments ont une OSA non traitée
×2
plus de risque de maladie coronarienne et d'événements cardiovasculaires
Les cardiologues jouent un rôle clé dans le dépistage de l'apnée du sommeil. Si vous souffrez d'hypertension artérielle résistante, de fibrillation auriculaire ou d'insuffisance cardiaque, demandez à votre cardiologue d'évaluer vos risques d'apnée — il est formé pour cela.
Porteurs de pacemaker Boston Scientific
Certains pacemakers et défibrillateurs Boston Scientific sont équipés de la technologie ApneaScan™, qui analyse les mouvements thoraciques pendant le sommeil pour détecter des épisodes d'apnée. Si vous êtes porteur d'un dispositif Boston Scientific récent, votre cardiologue peut consulter ces données lors de votre suivi. C'est un outil supplémentaire pour identifier une apnée du sommeil non diagnostiquée chez les patients cardiaques.
Sources : Ligue Cardiologique Belge, Fédération Française de Cardiologie, Ottawa Heart Institute, MSD Manuals.
L'index AHI expliqué simplement
L'index AHI (Apnea-Hypopnea Index) mesure le nombre d'apnées et d'hypopnées par heure de sommeil. C'est le critère principal utilisé pour diagnostiquer et classer la sévérité de l'apnée.
< 5
Normal
Pas d'apnée
5–15
Légère
Apnée légère
15–30
Modérée
Traitement recommandé
> 30
Sévère
Traitement urgent
* En Belgique, la convention INAMI CPAP est accessible à partir d'un AHI ≥ 15 ou ≥ 5 avec symptômes associés. Consultez votre médecin pour une évaluation personnalisée.
Comment est diagnostiquée l'apnée du sommeil ?
Le diagnostic repose sur des examens du sommeil réalisés en centre ou à domicile. En Belgique, deux examens principaux permettent de mesurer l'AHI : la polygraphie ventilatoire (à domicile) et la polysomnographie (en centre du sommeil).